Lettre du LAAS

Publication trimestrielle du Laboratoire
d'analyse et d'architecture des systèmes du CNRS

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© LAAS-CNRS

Michel Combarnous, professeur émérite à l’université de Bordeaux, dont il fut président de 1996 à 2001, et professeur associé à l’université de Gabès, en Tunisie, a dirigé entre 1980 et 1985 le département scientifique Sciences physiques pour l’ingénieur, SPI, du CNRS auquel le LAAS était alors rattaché. Il succédait à ce poste à Jean Lagasse, directeur fondateur du LAAS et initiateur de ce département scientifique au CNRS. Entre affection et lucidité, il raconte le LAAS des années 80.

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Je commencerai cette modeste contribution par une référence, incontournable, mais faite avec affection, enthousiasme et respect, à Jean Lagasse. J’ai d’ailleurs beaucoup regretté de ne pas avoir été plus présent, à l’époque, lors des évènements qui ont accompagné son départ. A ses débuts, pour moi qui avais avec mon compère Serge Bories mis en place rue Camichel, à Toulouse, en septembre 1971, un petit groupe de mécanique des fluides en milieu poreux, le LAAS, c’était un tout nouveau laboratoire implanté sur le campus. Mais c’était surtout, déjà, une équipe dynamique avec un pilote chevronné et habile (les deux qualificatifs n’ont pas le même sens), Jean Lagasse.
J’ai découvert d’une manière plus approfondie Jean Lagasse quand, partant chez Renault, il m’avait interrogé pour savoir si prendre son relais à la tête du Département SPI était une perspective que j’envisageais. La chose s’est d’ailleurs faite quelques 18 mois après nos premiers contacts. Et là j’ai appris à bien connaître le LAAS ! C’était bien sûr déjà une machine impressionnante mais c’était aussi, derrière une mécanique à l’organisation bien rodée, j’allais écrire presque trop bien rodée, un petit groupe d’hommes expérimentés bien implantés dans notre tissu national. Il ne saurait être question de citer tout le monde (que les directeurs successifs que j’ai connus ne m’en veuillent pas !), mais pour l’histoire, quand même, on ne saurait omettre ce qu’avec d’autres j’avais coutume d’appeler les « barons », un peu comme on disait, à l’époque, « les barons du gaullisme », une expression un peu décalée quand on connaissait les sensibilités des collègues concernés.
Ces deux collègues, très différents, fonctionnant toujours en forte harmonie voire complicité ont beaucoup oeuvré dans l’intérêt, on peut le dire, de
la science, dans une vision SPI la plus noble possible, dans l’intérêt du LAAS bien sûr aussi. Il s’agit, tous les anciens et beaucoup de jeunes les auront reconnus, de deux anciens présidents de commissions du Comité national, Georges Giralt et sa tendre rigueur, et Henri Martinot, avec son respect lucide pour quelques élites parisiennes et sa mèche de cheveux, type accroche-coeur, si utile, au cours des débats, avant de formuler une proposition, presque toujours optimale.

Une époque où l’on discutait déjà d’instituts
Cette époque aussi, dans ces premières années 80, où l’on montait des grands regroupements scientifiques dans lequel le CNRS jouait un rôle moteur, mais pas exclusif, qu’il s’agisse de ce groupement « ARA » en robotique, avec les robots Hilare, puis les actions européennes, qu’il s’agisse aussi des nombreuses opérations scientifiques et d’équipements en micro électronique,… Une époque où l’on discutait déjà d’instituts, de redistribution des responsabilités entre organismes,… Dans toutes ces opérations, le LAAS et ses équipes ont joué un rôle moteur. Bref toute une époque que les suivantes ne doivent pas faire regretter, mais sur la suite, mes successeurs sont mieux à même de s’exprimer.
Et puisqu’il faut finir pourquoi ne pas le faire en rendant hommage à ce tempérament toulousain, tout à la fois très sérieux et professionnel et,
aussi, un rien ironique et « roublard ». J’en veux pour preuve les « lacunes » que j’ai constatées, dans un laboratoire aussi bien organisé, pendant
presque une année, en 1982 je crois, dans le système de réception des messages téléphoniques venant de Paris, de la direction du SPI. Se sentant soutenu par la direction du département, mais toujours « avide » de moyens, le LAAS souffrait d’un central défaillant, ou plutôt voulait acquérir un central plus performant.

La voix de la standardiste
C’était une époque où le directeur d’un département faisait en direct les numéros des laboratoires. J’entends encore la voix de la standardiste qui, après que je me sois identifié, avait visiblement un mal fou à attraper l’interlocuteur demandé et ajoutait toujours d’une voix délicieuse « Ah ! Monsieur le directeur, ou Monsieur Combarnous (car elle me connaissait bien), vous n’imaginez pas quelles difficultés nous avons avec ce standard. Il faut vraiment nous aider ! ». Des crédits ont finalement été mis à disposition, mais je n’ai jamais bien su si les imperfections du dispositif remplacé étaient générales ou « sélectives ». Pour la beauté du conte, je préfère croire avoir été manoeuvré.
Longue vie au LAAS ou plutôt longues vies au LAAS à travers ses mutations passées et futures.

 Michel Combarnous
Directeur scientifique du département SPI du CNRS de décembre 1980 à juin 1985