Une expérience pour comprendre comment se divise un groupe de personnes

Mardi, 2 Février, 2021

Au sein des groupes d'individus, des comportements collectifs surprenants peuvent apparaître. Une collaboration interdisciplinaire entre l'équipe TSF du LAAS, le LPT1, le CRCA/CBI2 et le TSE-R3 s’est intéressée au phénomène de scission des groupes humains et à l'influence des informations nécessaires pour le faire survenir. Une étude publiée dans la revue The Royal Society qui pourrait éclairer la polarisation des opinions sur les réseaux sociaux...

Contrairement à l’idée reçue, les foules n’ont rien d’imprévisible. Les chercheurs savent très bien quantifier et modéliser leurs mouvements. Quelques règles simples de comportement individuel – ne pas rentrer dans les murs, ne pas bousculer son semblable – suffisent pour reproduire, par simulation informatique, la marche de centaines ou de milliers de personnes dans un espace. Pourtant, lorsqu’on donne aux individus qui constituent cette foule un objectif et quelques informations, alors, soudain, des phénomènes collectifs étonnants, et parfois violents, peuvent apparaître : ola dans les stades de foot, prise du Capitole à Washington, bousculades meurtrières…

Depuis plusieurs années, le tandem toulousain formé par Clément Sire, physicien au Laboratoire de physique théorique1 et Guy Théraulaz, éthologue au Centre de recherches sur la cognition animale2, s’intéresse aux phénomènes qui émergent lorsqu’un grand nombre d’individus, humains ou animaux, se regroupent et interagissent les uns avec les autres. Des bancs de sardines aux nuées d’étourneaux, en passant par une foule dans un couloir du métro, ils tentent de décrypter les interactions et les règles de comportements permettant d’expliquer les phénomènes d’auto-organisation observés dans ces collectifs. « On utilise les outils de la physique statistique pour modéliser ces comportements. Une fois qu’on a compris les interactions individuelles, on peut développer des modèles et comprendre certains phénomènes d’intelligence collective observés dans les sociétés animales et humaines », explique Guy Théraulaz.

Comprendre le lien entre information et organisation

Les chercheurs s’intéressent en particulier à la communication au sein des groupes d’humains ou d’animaux. « Nous tentons de mesurer quantitativement les interactions sociales entre individus afin de comprendre les comportements collectifs qui en résultent », ajoute Clément Sire. Ils essaient de voir, en particulier, quelles informations peuvent modifier les mouvements de ces systèmes collectifs. En d’autres termes, quelles instructions ou quelles données élémentaires doivent s’échanger les individus afin de faire émerger des formes d’organisation particulières dans ces collectifs.

En collaboration avec des chercheurs de l'équipe TSF - Tolérance aux fautes et Sûreté de Fonctionnement Informatique du LAAS-CNRS et de Toulouse School of Economics-Research3, ils ont imaginé une expérience originale permettant de mieux comprendre comment l’information peut conduire un groupe de personnes à se scinder en deux. Ils ont ainsi pu aborder la ségrégation, un comportement qui rappelle aussi bien des phénomènes physiques comme la séparation entre l’huile et le vinaigre dans la vinaigrette, que des phénomènes de société tels que la ségrégation sociale dans les villes ou la polarisation des opinions sur les réseaux sociaux.

[...] lire l'intégralité de l'article sur le site du CNRS Le Journal

 


1 Laboratoire de physique théorique (LPT - CNRS, Université Toulouse III - Paul Sabatier)
2 Centre de recherches sur la cognition animale du Centre de biologie intégrative de Toulouse (CRCA/CBI - CNRS, Université Toulouse III -Paul Sabatier)
3 Laboratoire Toulouse School of Economics - Recherche (TSE-R - CNRS, Université Toulouse Capitole, INRAe)